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  • Evelyne Roussillon

Masturbation, auto-plaisir sexuel, sexualité personnelle : où en sommes-nous ?

La masturbation, ou auto-plaisir, a longtemps été considérée comme un acte honteux, tabou, dangereux, qui rend sourd, fou, malade. Source de pollution nocturne, le liquide séminal destiné à la fécondité va être gâché et le plaisir féminin doit être réservé à la fertilité, à l'homme...



Qu'en est-il aujourd'hui ? Toujours aussi tabou ?

Quand et comment commence l'auto-plaisir ? Au moment où l'on commence à découvrir son corps, à se découvrir, et il s'agit d'un phénomène parfaitement naturel !

L'autorisation que l'on va se donner à soi-même pour cette exploration va dépendre de son éducation bien-sûr, de son milieu, de sa culture, de sa propre curiosité.

L'exploration commencera en général plus tard chez les filles que chez les garçons, car chez le garçon le sexe est visible tout autant que l'érection et beaucoup plus facilement accessible. Chez les filles, le sexe est caché, et il y a davantage de dégoût, de honte, de peur d'aller l'explorer. Aussi c'est plutôt par hasard que les premières sensations féminines sensuelles vont apparaître lors d'un frottement hasardeux des cuisses entre elles, ou sur la selle d'un vélo, une toilette ou autre.

Il est à regretter que certains parents empêchent ce développement sexuel en ne laissant pas suffisamment l'intimité nécessaire à leur enfant, ou salissent l'acte. Cela peut-être très dommageable car le plaisir solitaire structure la construction de la vie sexuelle. Pour les adultes qui n'aiment pas le sexe, il est préférable d'éviter d'en parler plutôt que de le salir...

Les hommes et c'est dommage, développent la plupart du temps un auto-plaisir principalement focalisé sur les zones génitales (phallo-centrée), au détriment du reste de leur corps, les autres zones érogènes, les caresses voluptueuses, les auto-massages et la rêverie érotique. Cette technique de sexualité personnelle amène à une masturbation mécanique et à objectif d'éjaculation brève, ce qui ne favorise pas ensuite la sexualité relationnelle épanouie, bien au contraire. Les hommes ont souvent recours aux supports visuels dont films pornographiques (ce qui ne fait pas d'eux des pervers), qui rappelons-le, même s'ils ne font que mettre en scène des fantasmes d'adulte, font l'éloge des sexes à taille démesurée et à durée illimitée, ce qui ne va pas sans créer de lourds complexes de dévalorisation de soi, sans compter aussi que l'image et le rôle de la femme est plus que dégradée dans ce type de films.

Aujourd'hui ce sont d'ailleurs sur ces scènes que se construit l'éducation sexuelle de certains adolescent(e)s, voir pré-adolescent(e)s, dès l'entrée en sixième...


L'auto-plaisir féminin est beaucoup plus complexe eu égard comme je l'ai déjà dit tout à l'heure à la dissimulation du sexe, à la non-représentation du 'complexe clitoridien' (organe sexuel féminin interne de 10 cm en moyenne, pourvu de 8000 terminaisons nerveuses et uniquement dédié au plaisir) dans les manuels scolaires, mais aussi à la représentation sociale du désir féminin. La femme est représentée comme l'objet du désir de l'homme et non pas comme un sujet désirant, donc en clair, sa sexualité est faite pour répondre aux besoins de l'homme (ou pour la reproduction) et non pas pour laisser son propre désir s'exprimer. D'ailleurs la femme n'a pas besoin de plaisir pour procréer, et au Moyen-Age, celles qui en éprouvaient un peu trop ou se masturbaient étaient jugées de sorcières par l'église et brûlées vives... Difficile d'avoir envie et de s'autoriser une sexualité personnelle dans ce contexte... , un peu soumises aux diktats de la domination masculine. A condition de savoir se dire : 'mon corps, c'est mon corps, il m'appartient, je peux l'utiliser seule, le découvrir, il n'est pas sale, mon sexe n'est pas dégoûtant, je peux le trouver beau et l'aimer...'.


Observons toutefois que la libération de la sexualité féminine est en train de s'opérer grâce notamment au 'Rapport Hite'*, à la re-découverte du clitoris 'Ce cher inconnu'*, à la démocratisation des sextoys (séries US, boutiques spécial femme et réunions de présentation entre copines).


Alors oui, chacun, chacune, la sexualité personnelle est importante et utile, que l'on soit célibataire ou en couple. Elle permet de maintenir son corps en éveil, de mieux le connaitre et ses réactions, d'avoir du plaisir, de se détendre, d'évacuer ses pulsions sexuelles à moindre effort, d'être plus autonome dans ses besoins, de favoriser la sexualité relationnelle, d'avoir une bonne santé sexuelle, et santé tout court, car impacte notre système hormonal.


Oui et à condition de :


- se libérer de la culpabilité et du dégoût, de ne pas se sentir pervers, ou infidèle ou en train d'empiéter la sexualité du couple mais de se dire que, au contraire, la masturbation enrichit, et nourrit la sexualité relationnelle.

- ne pas pas devenir addict aux supports visuels pornographiques, mais d'utiliser pour s'exciter son propre imaginaire érotique par le biais des souvenirs, des fantasmes, des lectures, des musiques, des ambiances...

- de se dégager de l'objectif éjaculatoire et de développer l'auto-érotisme : en favorisant la lenteur, la respiration, la détente, en chouchoutant son corps, en l'aimant, en se caressant aussi les autres zones érogènes que le sexe, en exploitant son bassin, tout cela afin de diffuser l'excitation et le plaisir dans tout le corps et de jouer avec ses sensations pour les savourer.


En sexothérapie nous travaillons beaucoup avec les fantasmes et la masturbation, qui se révèlent être des 'outils thérapeutiques' pour améliorer la sexualité notamment avec les troubles de l’éjaculation précoce, et de l'érection, ainsi que pour les troubles du désir, les problèmes de lubrification, les douleurs à la pénétration. Toutefois il s'avère fondamental de respecter les bonnes consignes et les bons gestes.



*'Le rapport Hite' : publié en 1976 par la chercheuse Shere Hite : Quatre ans d'enquête, plus de 3 000 femmes interrogées… * 'Le clitoris ce cher inconnu', documentaire sur la redécouverte du clitoris en 1998 par le Dr Helen O'Connell, organe déjà découvert au Moyen-Age mais enterré vivant car il ne contribuait qu'au plaisir et pas à la reproduction.


Evelyne Roussillon


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