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  • Evelyne Roussillon

Addiction à la pornographie ?

Dernière mise à jour : 21 avr.

Quels sont les effets de la pornographie sur les plus jeunes et adolescents ? A court, moyen, long termes : désastreux !



La pornographie est différente de l'érotisme. Elle se caractérise principalement par son manque de scénario, de dialogue. Elle a pour but de susciter l'excitation sexuelle par des scènes obscènes, vulgaires où le corps est consommé. Elle s'adresse directement au bas du corps, ne cache rien et montre tout. A l'inverse, l'érotisme s'adresse à l'intellect et il s'agit plutôt de suggérer à l'esprit que de montrer, de dévoiler progressivement, de mettre en route l'imaginaire érotique, au travers de la sensualité.

Les films pornographiques sont avant tout une industrie dont le chiffre d'affaires représenterait 50 milliards de dollars dans le monde (dont 10 milliards de dollars pour les EU et 200 millions pour la France). Bien entendu, ces chiffres ne sont pas officiels ... car peu des entreprises œuvrant dans l'industrie pornographie sont transparentes.

Le plus grand plus grand danger de l'industrie pornographique se situe au niveau des jeunes. En effet, elle véhicule des stéréotypes de corporels masculins et féminins qui induisent des normes : des femmes à la plastique parfaite et parfaitement soumises, des hommes au sexe anormalement grand et robuste. La pornographie montre des pratiques extrêmes où la pudeur n'est pas de mise, et qui deviennent une référence pour les plus jeunes ; en effet ces derniers font de la pornographie leur unique source d' éducation sexuelle. La pornographie est rentrée dans les mœurs, influençant jusqu'à nos manières de nous habiller, transformant de très nombreuses jeunes filles en Lolita. C'est aussi l'industrie pornographique qui institutionnalise l'épilation intégrale, permettant de mieux exposer les sexes. Et c'est sans compter la 'labioplastie', une opération chirurgicale, qui consiste à réduire ou modifier la taille des grandes ou petites lèvres de la vulve pour ressembler aux actrices pornographiques, et/ou donner à son intimité un aspect plus juvénile.

Ce que nombre de personnes oublient c'est que les femmes des films porno sont des ACTRICES, pour la plupart payées, en dehors de celles qui sont forcées, pour jouer un rôle qui n'a pas de sens dans la vraie sexualité. Comme dans un film d'horreur, il y a une mise en scène, des faux sexes, du faux sperme, de la fausse lubrification, des faux cris, des faux seins, des corps retouchés... Une majorité de trucages en clair...

La pornographie renvoie à une piètre image de la femme. Elle n'est plus qu'un corps, une marchandise, soumise aux multiples volontés d'hommes surpuissants sexuellement et dénués d'affect.

Il faut savoir que beaucoup de femmes ne peuvent pas pratiquer de 'gorges profondes' et qu'elles sont nombreuses à ne pas vouloir avaler le sperme de leur partenaire dans leur gorge. Il faut savoir que le réflexe 'haut-le-coeur' rend quasiment impossible une gorge profonde. Les actrices qui s'adonnent à ces pratiques dans les films X sont des professionnelles qui le font tous les jours pour la caméra et de l'argent (pas pour un homme qu'elles aiment ou qui leur est cher). Certaines études annoncent que 20 à 25% des femmes avalent le sperme de leur partenaire. Et que si elles sont nombreuses à avoir essayé au moins une fois d'avoir des relations anales, la plupart d'entre elles disent que c'est trop douloureux pour apporter du plaisir.

L'industrie pornographie est pilotée par des hommes et s'adresse à des hommes. Aussi, nombre de jeunes se construisent désormais autour des ces images et de ces sous-dialogues.

L'âge moyen de l'accès à la première pornographie est situé autour de 10 ans, et cet acte s'effectue d'une facilité déconcertante ! En effet, en primaire, un enfant sur deux a déjà vu du porno, parfois mais pas toujours par inadvertance, du fait d'internet et des téléphones portables. Le sujet étant très intime, les parents osent de moins en moins en parler. Par pudeur les jeunes et les adolescents cachent leur recherches sur internet, et au final, le porno isole et devient source de honte.

La pornographie normalise des comportements inadaptés à travers les images véhiculées. Elle déconnecte le sexe des émotions et sentiments, de la sensualité, de la connexion entre les personnes. Elle n'apprend ni le respect de sa partenaire, ni le respect de son propre corps, encore moins la notion d'intimité et de consentement. La violence y semble normale, les femmes paraissent toujours d'accord, et n'ont pas besoin des préliminaires ; les viols collectifs, ou gang bang consentis sont monnaie courante dans la cyber porno. Les hommes y apparaissent dominants, brutaux, toujours en demande, et incapables de se contrôler sexuellement.

Tout comme l'image de la femme, c'est loin d'être une image réelle et valorisée de l'homme qui est véhiculée.


Les effets à court, moyen et long termes d'une utilisation massive de la pornographie vont être désastreux (le sont déjà). Je le constate déjà lors des consultations à mon cabinet :

  • les jeunes femmes n'aiment pas leur corps par effet de comparaison, et se créent ainsi une image corporelle négative, un des plus gros freins au désir

  • elles ont tendance à avoir des comportements soumis et acceptent à contre cœur (en se reniant) des comportements dominants et des pratiques qui ne leur conviennent pas

  • elles culpabilisent de ne pas avoir 'tout le temps envie' comme dans les films, de ne pas forcément aimer l'éjaculation faciale, la double ou triple pénétration ou la sodomie,

  • certaines sont pourtant fières d'y adhérer voir de les provoquer (cf le 'Girl Power'/pouvoir des femmes lié à 'l'empowerment sexuel')

  • les jeunes ignorent les préliminaires, ils focalisent sur la performance de la pénétration, la technique des positions

  • les jeunes hommes privilégient des comportements dominants, banalisent la violence, considèrent les femmes comme des objets , soumis à leurs désirs. S'installe une difficulté à faire la part des choses entre les fantasmes, les supports visuels et la réalité. Il faut savoir que le passage à l'acte des fantasmes (même consenti) peut créer de profondes blessures autour de la confiance en soi et l'estime de soi.

  • le porno conditionne les hommes à avoir des attentes illusoires face au sexe, aussi ils sont déçus dans la réalité, s'ennuient et ont du mal à maintenir une érection (dysfonction érectile)

  • la pornographie devient une addiction, (notamment pour les personnes souffrant déjà de troubles addictifs) et cela va entrainer des troubles de la sexualité, avec angoisse de performance (perte de l'imaginaire érotique, dysfonction érectile, éjaculation précoce). Ils consomment de façon compulsive, souvent associé à du cannabis et/ou de l'alcool.

En tant que parent, il sera vraiment recommandé d'être à l'affût de l'utilisation que font vos enfants d'internet et de la pornographie, des sites gratuits, des web cam... Ne surtout pas le prendre à la légère ! En parler avec eux rapidement, les interroger, lire sur le sujet, et consulter des sites expliquant comment les aider à se protéger au mieux. Vis à vis des plus jeunes, il sera judicieux d'utiliser des applications de type 'contrôle parental' sur les ordi, tablette, télés, téléphones et d'expliquez à vos enfants pourquoi vos mettez en place ce contrôle. C'est avant tout de la protection, car nous sommes tous les cibles de l'industrie du X. Les ado nés avec internet, sont probablement plus férus que vous ne l'êtes en technologie informatique et ont plus d'un tour dans leur sac, aussi avec eux, c'est avant tout le dialogue qui sera fondamental, le dialogue pour la pédagogie sexuelle qui n'a rien à voir avec celle de l'industrie du X. Adolescents, jeunes adultes, n'hésitez pas à consulter, des psychologues, psychiatres, psychothérapeutes, centres d'addiction, sexologue (ou tout autre professionnel de confiance) pour échanger sur cette déviance, addiction, dépendance et les troubles qu'elles provoque.


Sources et inspirations : "La pornographie : s'en préserver et s'en libérer" _ Malvina Chabilan / préfacée par Sébastien Landry. "Parlez-leur d'amour et de sexualité" _ Jocelyne Robert

Evelyne Roussillon : sexologue, sophrologue, thérapeute de couple à Gap

www.sophrologie-gap.fr



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